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title: Créer son site sur le réseau Tor (service onion .onion)
source: https://synapx.fr/blog/creer-site-tor-onion/
date: 2026-06-26
category: Serveur Web
site: SynapxLab
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# Créer son site sur le réseau Tor (service onion .onion)

Publier un site accessible **uniquement via Tor**, à une adresse en **`.onion`**, s'appelle créer un **service onion** (anciennement « service caché »). C'est une technique **parfaitement légale**, utilisée par des médias (*Le Monde*, la BBC, ProPublica), des messageries et des plateformes de lanceurs d'alerte (SecureDrop) pour offrir **anonymat**, **résistance à la censure** et **intégrité de bout en bout**. Ce guide explique le principe, la mise en place pas à pas, et le **durcissement** indispensable.

> En une phrase : un service onion expose votre site **sans révéler l'adresse IP du serveur**, et le visiteur s'y connecte **sans intermédiaire de confiance** — l'adresse `.onion` est elle-même la clé publique du service.

## Au sommaire

1. **Le principe** — comment fonctionne un service onion.
2. **La mise en place** — Tor + serveur web local.
3. **Le durcissement** — éviter les fuites qui trahissent le serveur.
4. **Bonnes pratiques et cadre légal.**

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## Comment fonctionne un service onion ?

Le réseau **Tor** (*The Onion Router*) fait transiter le trafic par plusieurs relais chiffrés en couches (d'où « oignon »), masquant l'origine de la connexion. Un **service onion** pousse la logique côté serveur :

- le service ne publie **jamais son adresse IP** ; il se rend joignable via des **points de rendez-vous** dans le réseau Tor ;
- son adresse **`.onion`** (version 3, 56 caractères) **est dérivée de sa clé publique** : se connecter à la bonne adresse garantit qu'on parle au bon service, **sans autorité de certification** ;
- la connexion est **chiffrée de bout en bout** par construction — un certificat TLS n'est même pas nécessaire.

```
Visiteur (Tor Browser) ──► réseau Tor (relais en couches) ──► point de rendez-vous ──► votre service onion ──► serveur web local (127.0.0.1)
```

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## La mise en place

### Prérequis

Un **serveur web fonctionnel** (Nginx ou Apache) qui écoute **en local**, et un serveur Linux (Debian/Ubuntu ici). Le service onion ne « sert » pas les pages lui-même : il **relaie** vers votre serveur web local.

### 1. Installer Tor

```bash
sudo apt update
sudo apt install tor -y
```

### 2. Déclarer le service onion

Éditez la configuration de Tor :

```bash
sudo nano /etc/tor/torrc
```

Ajoutez ces deux lignes (le port 80 du `.onion` est relayé vers votre serveur web local sur le port 8080) :

```
HiddenServiceDir /var/lib/tor/mon_site/
HiddenServicePort 80 127.0.0.1:8080
```

### 3. Redémarrer Tor et récupérer l'adresse

```bash
sudo systemctl restart tor
sudo cat /var/lib/tor/mon_site/hostname
```

La commande affiche votre adresse, par exemple :

```
abcd...exemple...wxyz.onion
```

Tor a généré un dossier contenant la **clé privée** du service (`hs_ed25519_secret_key`) et le fichier `hostname`. **Sauvegardez ce dossier** : c'est lui qui « est » votre adresse `.onion`. Le perdre = perdre l'adresse définitivement.

### 4. Faire écouter le serveur web en local uniquement

Le serveur web ne doit **pas** être exposé sur Internet : il n'écoute que sur `127.0.0.1`.

**Nginx** :

```nginx
server {
    listen 127.0.0.1:8080;
    server_name _;
    root /var/www/mon_site;
    index index.html;
}
```

**Apache** (`ports.conf` + vhost) :

```apache
Listen 127.0.0.1:8080
<VirtualHost 127.0.0.1:8080>
    DocumentRoot /var/www/mon_site
</VirtualHost>
```

Rechargez le serveur web, ouvrez **Tor Browser**, saisissez l'adresse `.onion` : votre site est en ligne sur le réseau Tor.

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## Le durcissement : éviter les fuites

L'erreur classique n'est pas la configuration de Tor, mais les **fuites** qui permettent de **corréler** le service onion avec le vrai serveur. Points essentiels :

| Risque | Mesure |
|---|---|
| Le serveur web répond aussi sur l'IP publique | Lier l'écoute à **`127.0.0.1` uniquement**, jamais `0.0.0.0` |
| Bannières serveur (version, OS) | Masquer les en-têtes (`ServerTokens Prod`, `server_tokens off;`) |
| Fuite par contenu absolu | Pas d'URL en dur vers votre domaine clearnet, pas de ressources externes (CDN, polices, analytics) qui « rappellent » dehors |
| Horodatage / logs | Réduire la verbosité des logs ; uniformiser le fuseau horaire (UTC) |
| Mêmes contenus uniques que le site clearnet | Évite la corrélation par empreinte (favicon, identifiants, certificats partagés) |

> ⚠️ **La règle d'or de l'anonymat du serveur** : tout ce qui peut **relier** le `.onion` à une IP, un nom de domaine ou un compte connu **casse** l'anonymat. Si l'objectif est seulement la résistance à la censure (et non l'anonymat du serveur), ces contraintes se relâchent — mais réfléchissez à votre **modèle de menace** d'abord.

### Adresse personnalisée (vanity)

Pour obtenir une adresse commençant par un préfixe lisible, on génère des clés en masse jusqu'à tomber sur le motif voulu, avec **`mkp224o`** (outil dédié aux onion v3). Attention : chaque caractère supplémentaire **multiplie** le temps de calcul.

### Annoncer le `.onion` depuis votre site clearnet

Si vous avez **aussi** un site classique, vous pouvez signaler son équivalent onion via l'en-tête HTTP **`Onion-Location`** : Tor Browser proposera automatiquement la version `.onion`.

```nginx
add_header Onion-Location http://abcd...exemple...wxyz.onion$request_uri;
```

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## Bonnes pratiques et cadre légal

- **Maintenez Tor à jour** (`apt upgrade`) : les versions onion v2 sont **obsolètes et abandonnées**, seule la **v3** est supportée.
- **Sauvegardez** le `HiddenServiceDir` (clé privée) hors ligne.
- **Isolez** le service : utilisateur dédié, pare-feu strict, pas de services superflus sur la même machine.
- **Mettez à jour** le serveur web et l'applicatif : l'anonymat ne protège pas d'une faille applicative.

> ⚖️ **Légalité.** Héberger un service onion est **légal** en France comme dans l'UE — la technologie est neutre et largement utilisée par la presse et les ONG. Ce qui est illégal, ce sont **certains usages** : vous restez **pleinement responsable** du contenu que vous publiez, sur Tor comme ailleurs. Ce guide vise l'auto-hébergement légitime : protection des sources, contournement de la censure, vie privée.

## En conclusion

Un service onion, c'est quelques lignes de configuration — mais la vraie difficulté n'est pas technique : c'est la **discipline anti-fuites** et la clarté sur **ce que vous cherchez à protéger**. Pour la simple **résistance à la censure**, la mise en place de base suffit. Pour un **anonymat réel du serveur**, chaque détail compte, et la moindre ressource externe ou bannière oubliée peut tout trahir.

C'est, au fond, la même logique de **souveraineté** que nous défendons ailleurs : reprendre la maîtrise de son infrastructure plutôt que de dépendre d'intermédiaires *(voir [Panorama des technologies serveur](/blog/panorama-technologies-serveur/) et [L'IA en local](/blog/ia-en-local/))*.

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## ❓ FAQ

**Une adresse `.onion`, c'est quoi exactement ?**
C'est l'identifiant d'un service onion, dérivé de sa **clé publique** (56 caractères en v3). Y accéder garantit qu'on parle au bon service, sans certificat ni autorité tierce.

**Ai-je besoin d'un certificat TLS / HTTPS ?**
Non : la connexion Tor est déjà **chiffrée de bout en bout**. Le `http://` devant une adresse `.onion` est normal et sûr.

**Mon serveur web doit-il être accessible depuis Internet ?**
Non, au contraire : il doit écouter **uniquement sur `127.0.0.1`**. C'est Tor qui relaie les requêtes vers lui.

**Est-ce légal ?**
Oui. La technologie est légale et utilisée par des médias et ONG. Vous restez responsable du **contenu** publié.

**Puis-je avoir la même adresse après réinstallation ?**
Oui, si vous **sauvegardez** le dossier `HiddenServiceDir` (qui contient la clé privée) et le restaurez.

## Pour aller plus loin

- 📚 **[Panorama des technologies serveur](/blog/panorama-technologies-serveur/)** — où situer Tor, le chiffrement et l'hébergement dans une stack souveraine.
- 🔒 **[Sécurité serveur](/blog/securite-serveur/)** — durcir la machine qui héberge votre service.

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> Un service onion ne « cache » pas un site : il le rend joignable **sans intermédiaire de confiance et sans exposer le serveur**. La technique est simple ; la rigueur anti-fuites fait toute la différence.
